L'intuition en coaching bref

«Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède. »

Saint Augustin

Synthèse du chapitre

Dans une relation, l’essentiel est présent dès les premiers instants, dès que les inconscients se rencontrent. L’action du coach consiste dès lors à accompagner l’émergence des informations inconscientes – les siennes et celles de son client – notamment en faisant appel à son intuition.
L’intuition est un des moyens d’accès à l’inconscient individuel et collectif. C’est une perception rapide et spontanée d’une information sans l’attention consciente ou le raisonnement, une capacité immédiate de connaître qui ne recourt pas à l’intellect, au calcul, à la déduction ou au raisonnement. L’intuition est un saut de conscience, quelque chose qui survient sans causalité identifiée et sans source rationnelle.

En coaching bref, le coach utilise d’abord ses perceptions intuitives pour aller à l’essentiel, percevoir une situation complexe dans sa globalité ou identifier le détail qui a du sens. Le coaching intuitif amène le client à s’intéresser à son espace intérieur et à redonner du sens aux actes mécaniques qu’il pose au quotidien. Le coach est donc un accoucheur de conscience : conscience de soi et de ses propres mécanismes de fonctionnement, conscience de son environnement et de l’impact de son comportement sur celui-ci. De ces prises de conscience naissent les réponses trouvées par le client pour effectuer les changements nécessaires à la libération de son potentiel. Le coaching bref repose à la fois sur le flux d’informations qui émerge de la relation – dont le « kairos », ce moment énergétique si particulier, propice à la prise de décision – et sur la liberté du client de prendre la responsabilité de sa vie.
Le coach étant son propre outil, l’intuition en coaching bref offre donc une voie médiane à approfondir entre les outils rationnels peu performants et l’irrationnel non maîtrisé. Par ailleurs, l’information apparue par intuition représente un risque éthique en coaching : à qui appartient-elle ? Si celle-ci provient du coach, cet apport extérieur risque de priver le client de sa propre vérité, ce qui est dommageable en coaching. En effet, le processus de prise de conscience implique de travailler sur une information appartenant au coaché.
En coaching bref intuitif, trois questions méritent d’être éclairées :

  1. Quelle est la valeur ajoutée de l’intuition en coaching bref, pour le coach et son client ?
  2. Comment le coach peut-il développer son intuition et la fiabiliser tout en respectant son éthique ?
  3. Quelle est la différence entre le coaching bref et les autres types de coaching, en regard de l’intuition ?

1 - Quelle est la valeur ajoutee de l’intuition en coaching bref, pour le coach et son client ?

Il existe un robot capable de coacher une personne et de l’accompagner sans que celle-ci ne se rende compte de la nature de son interlocuteur. Ce robot-coach est programmé pour créer un contact positif, s’adapter aux humeurs du client et choisir une stratégie d’entretien adaptée à la situation. Il sait mener un entretien de coaching dans les règles de l’art. Il écoute en silence, montre de l’empathie, pose des questions ouvertes, reformule, émet des hypothèses logiques pertinentes et conclut naturellement l’entretien.
Ce que cette machine ne sait pas faire, du moins pas encore, c’est disposer de perceptions intuitives et les utiliser pour coacher, car l’intuition – phénomène irrationnel qui ne dépend pas de l’intellect – est difficile à intégrer dans un algorithme.
Une machine peut donc concurrencer les coachs ! Ceux-ci apportent une valeur ajoutée supérieure à ce robot en utilisant l’intuition, surtout en coaching bref. Ils pourront ainsi aller plus vite à l’essentiel, percevoir une situation complexe dans sa globalité ou identifier le détail qui a du sens.

Aller plus vite à l’essentiel

En coaching bref, le temps est un allié. Quand le coach et son client se rencontrent pour éclairer une problématique, chacun se sent prêt à se centrer sur le moment présent, à écouter ses sensations afin d’accueillir les informations qui émergent. Il n’y a pas de stress car la pression sur les résultats n’existe pas. Ce qui permet de vivre l’instant dans une sorte d’apesanteur, de drainer le superflu des pensées et des émotions qui empêchent de percevoir l’évidence intuitive de la situation. Il s’agit de déterminer si le moment propice à la décision est advenu – le kairos –, le sens de la décision elle-même étant souvent déjà tranché par le client, sans l’aide du coaching.
Par exemple, un dirigeant - propriétaire d’une PME de mille personnes me demande un entretien de coaching. Il y a cinq ans, mon client a nommé son fils directeur général mais les choses se passent mal. Il m’expose l’historique des événements, me relate les dialogues et me décrit l’organigramme. A un détour de phrase, il me demande un conseil personnel par rapport à son fils : malgré son affection pour lui, doit-il continuer à le garder dans l’entreprise, sachant que celle-ci s’achemine vers un redressement judiciaire ? A cet instant, j’entends intuitivement que la décision de se séparer de son fils est déjà prise mais qu’il ne sait pas comment se l’avouer à lui-même, cette décision remettant directement en cause son plan de succession. En mode coaching je teste alors cette option auprès de mon client qui l’accueille avec soulagement. La suite du coaching a concerné ses émotions, l’image de lui-même et la façon dont il pourrait mieux exercer sa vigilance à l’avenir.

Percevoir une situation complexe dans sa globalité

Est-il raisonnablement possible de coacher sans faire appel à l’intuition, à la sienne et à celle de son client ? En effet, dans un entretien de coaching nous rencontrons une personne inconnue et complexe, dont nous ignorons les croyances et les modes de fonctionnement, qui nous parle de son vécu et d’une situation également inconnue, et ceci en temps limité, d’autant plus qu’il s’agit d’un coaching bref !
L’écoute flottante et intuitive permet de vivre l’entretien en conservant une certaine distance par rapport aux faits énoncés. En tant que coach, je perçois alors davantage la musique des mots que les mots eux-mêmes, je visualise les interactions entre mon client et son environnement en prenant de la hauteur comme une caméra fixée sur une grue qui se déplace librement.
La DRH d’un équipementier automobile français me propose de coacher une femme responsable du bureau d’études. Celle-ci a beaucoup de potentiel mais éprouve des difficultés à s’affirmer dans un univers très viril. Notre premier entretien est consacré au cadrage de sa demande et aux émotions créées par sa difficulté de communication avec ses homologues masculins, notamment en réunion, où chacun cherche à prouver sa supériorité en coupant la parole aux autres. Lors de la séance suivante, j’ai la perception que ma cliente se ment à elle-même et que la problématique à traiter n’est pas la relation homme – femme dans un milieu professionnel. En visualisant les mots que j’entends, je la vois seule au milieu d’une foule, à la recherche d’une ombre qui s’éloigne d’elle. Suite à une question concernant son père, ma cliente fond en larmes. La suite de la mission a porté sur la confiance en soi, la sécurité ontologique et la distanciation par rapport au besoin de reconnaissance, bien au-delà de la demande initiale.

Identifier le détail qui a du sens

En menant une séance en coaching bref, si je perçois une dissonance entre ce que me dit mon client et l’écho de ma petite voix intérieure, je teste cet écho par une question ouverte. J’écoute mon client, ce qui est sous-jacent, à peine formulé, là où affleurent le sens, les hésitations, les manques et les redondances. L’un des critères pour évaluer la pertinence de ma perception est l’effet de surprise quand j’attire son attention sur un détail qui lui a échappé.
Le coach assume ainsi une position paradoxale avec le coaché : observer la relation tout en y contribuant, adopter une présence d’écoute flottante et de questionnement, nourrissant un processus de décision et de création partagé avec son client.

Un cadre dirigeant d’un groupe alimentaire français me consulte pour un coaching à l’occasion de sa nomination comme directeur général de leur filiale à Bombay. Il ne sait pas s’il doit l’accepter. Je ne connais pas l’Inde, commence par refuser la mission mais ce cadre m’affirme avec conviction qu’il a l’intuition que je vais lui être très utile.  J’accepte donc avec la croyance que le coaching va s’arrêter rapidement. Très vite nos échanges s’orientent sur le plan privé, cette mutation ayant peu de perspectives professionnelles. J’apprends que mon client a divorcé il y a quelques années et qu’il se sent seul. A cet instant, je le vois entouré d’une famille nombreuse, comme un sage hindou. En mode coaching, je lui formule l’hypothèse d’une rencontre amoureuse vitale en Inde et, devant son accueil enthousiaste, la suite de la séance porte sur le sens de sa vie et son engagement dans la cité.
Mon client a accepté le poste, a trouvé son épouse, est père de deux enfants. Rentré en France avec sa famille, il s’épanouit maintenant dans l’humanitaire.


2 - Comment le coach peut-il developper son intuition et la fiabiliser tout en respectant son ethique ?

Utilisée avec discernement et après vérification, l’intuition donne de la profondeur et de la fiabilité à l’apport du coach. Le sujet coaché, davantage centré sur le moment présent et sur ses sensations, peut alors lui-même traiter l’objet, en disposant d’un maximum de ressources perceptives, créatives et intuitives.
Etre intuitif n’est pas la capacité à intégrer et synthétiser rapidement des informations rationnelles, sinon une machine, comme nous l’avons évoqué, le ferait mieux que nous. Ce n’est pas lié à l’expérience, car alors un enfant de deux ans ne pourrait pas être intuitif, hors souvent il l’est. L’intuition se différencie également d’une projection psychologique, d’un désir ou d’une émotion.
L’intuition est un saut, une information qui survient sans causalité identifiée et sans source consciente. Elle est spontanée, non prévisible et indubitable : elle s’impose à soi. Le terme d’ « intuition » vient du latin in tueri qui signifie « regarder à l’intérieur de soi », et de intuitio, image réfléchie dans un miroir. Nous avons donc deux modes de pensée, le rationnel et l’intuitif. Le logique rassure, il est politiquement correct même s’il reste peu innovant et peu efficient. L’intuitif est mieux adapté pour explorer l’incertitude et s’entraîner à ne plus la craindre.
Afin de développer et fiabiliser l’intuition du coach, je privilégie trois outils principaux : l’état alpha, la présence et la synchronicité.

L’état alpha

L’état alpha est à l’intuition ce que l’eau est au nageur. C’est l’état naturel que nous traversons au cours des quelques instants qui précèdent l’endormissement ou le réveil. C’est le moment où nous apparaissent nos meilleures idées, où notre vie paraît facile, car les décisions à prendre et les actions à mener sont évidentes et simples. Mais cet état est fugace.
Avec l’état alpha obtenu consciemment, le coach communique mieux avec lui-même et peut avoir accès à d’autres perceptions tout en conservant intactes son discernement et sa capacité d’agir.
L’état alpha s’obtient par la respiration consciente, profonde et régulière, par la relaxation et la méditation, ou par une marche libre dans la nature. Ces entraînements permettent au coach d’atteindre un état de pleine conscience par un centrage sur soi et sur sa respiration de manière à obtenir le maximum de présence à ses sensations physiques, et de raréfier ses pensées jusqu’à identifier le temps entre deux pensées. Il s’agit bien d’apprendre à se relaxer à la demande. En état alpha, le coach peut alors accueillir l’imprévu, lâcher prise et ne pas savoir ce qui va se passer. Au début d’une séance de coaching, je me mets en alpha après un cycle de deux respirations conscientes, les pieds bien ancrés au sol.

La présence

L’intuition se développe par l’attitude intérieure juste. La justesse est propre à chacun. Elle se manifeste par une présence impliquée et par une distance favorisant la lucidité. Etant présent à ce qui se passe, le coach peut co-créer dans la relation avec son client. Dans la puissance de l’instant, il s’agit bien de se faire le présent du présent, d’être en présence pour se connecter à soi, à l’autre et à l’intuition.
Le coach peut alors ressentir les signaux faibles, entrer en résonance avec l’instant afin de pouvoir capter des informations qui lui échapperaient sans cette qualité de présence. La façon la plus simple pour fiabiliser son intuition est d’écouter son corps. Par exemple, quand un coach rencontre son client pour la première fois ou quand il décide de lui dire une chose importante, la nature de son sentiment corporel (focusing) et de son émotion lui communiquent des informations essentielles. Un sentiment de malaise ou des tensions physiques peuvent indiquer une perception négative de ce qui se passe. A l’inverse, une détente corporelle ou une bouffée de chaleur sont souvent un signe d’encouragement. Chacun dispose ainsi d’indicateurs corporels spécifiques pour interpréter ses perceptions.

La synchronicité

Elle est définie par les scientifiques comme une coïncidence d’événements reliés par hasard d’une manière significative. Jung fait référence à la synchronicité dans le temps de deux ou plusieurs événements sans relation causale et ayant le même contenu significatif. Les événements qui se produisent à l’extérieur de nous ne sont donc, dans une certaine mesure, que l’écho et le reflet visible de notre état intérieur, psychologique et spirituel. Ce qui est dedans est comme ce qui est dehors ! Ce qui m’arrive me ressemble : si je me tords la cheville en posant le pied, c’est que ma rectitude intérieure est insuffisante ou que mes fondements, ma relation à la terre ne sont pas clairs à cet instant. Etais-je assez centré, attentif à l’instant présent, ici et maintenant ?

Pour le coach, l’émergence et le partage des synchronicités au cours d’une séance de coaching bref permettent d’orienter l’entretien vers des territoires pertinents et féconds. Avec la synchronicité le déterminisme a vécu : le client trouve son chemin en marchant et ce chemin se construit en fonction de ce qu’il est au moment où il avance son pied. Les synchronicités font irruption dans sa vie et le poussent, intuitivement, à se diriger vers des voies porteuses de sens pour lui.

3 - Quelle est la difference entre le coaching bref et les autres types de coaching, en regard de l’intuition ?

D’après ce qui précède, le coaching bref intuitif peut donc se substituer à la plupart des actions de coaching, sauf celles qui nécessitent un accompagnement du client dans la durée : coaching de prise de fonction ou de développement devant se synchroniser avec des événements extérieurs, coaching de nature thérapeutique impliquant des séances régulières et planifiées.  En effet, la relation de coaching se centrant sur l’essentiel – selon la loi de Pareto 80/20 – il est souvent inutile de mener des séances longues et de multiplier leur nombre. Ma pratique actuelle du coaching individuel comporte en général trois séances de deux heures espacées de deux mois, à adapter selon l’urgence et la disponibilité du client.
Le coaching bref intuitif n’est possible que si le coach et le client sont prêts à vivre ensemble cette expérience. Il ne peut donc réussir qu’à plusieurs conditions :

  • Le coach se forme à cette pratique de manière à fiabiliser ses intuitions et oser entraîner son client à l’écoute de ses propres perceptions. Il travaille également sa sécurité ontologique afin de vivre en paix les séances, de même que son éthique pour respecter la liberté de son client. Il lui faut être vigilant sur sa tentation de toute puissance afin d’éviter certains « délires » parfois sous-jacents dans les approches intuitives. Il ne s’agit plus de raisonner mais de résonner ! Et cela nécessite du temps… de préparation pour le coach. Pour paraphraser une métaphore célèbre : en coaching bref intuitif, donner « un coup de marteau » prend quelques minutes ; savoir où donner ce coup de marteau prend plusieurs années.
     
  • Le client accepte cette démarche de trouver rapidement ses propres éclairages sur la situation qu’il vit. Le point positif est la rapidité qui va bien dans le sens du système de pensée actuel. Notre client est aussi souvent un allié dans nos recherches intuitives. En effet, les deux tiers des managers, consultants ou dirigeants, attribuent d’abord leur réussite professionnelle à leur intuition, dès l’instant où leur réponse peut rester anonyme, sinon le pourcentage tombe à un tiers. Les risques du coaching bref sont une certaine dévalorisation de la démarche entraînant un manque d’implication ou bien la manipulation – souvent inconsciente – du client, utilisant le coach à son insu afin de ne rien changer dans sa vie, en maintenant l’homéostasie de son propre système personnel.
     
  • Le coaching bref intuitif surprend le client, dans le respect de ses valeurs, de manière à ce qu’il s’étonne lui-même. Avec leur accord, j’amène mes clients managers ou dirigeants à progressivement renouer avec leur vie intérieure et leurs perceptions, afin qu’ils puissent choisir de libérer leur esprit, notamment en identifiant et nommant leur système de croyance. Par exemple, certains prennent conscience que la pensée dominante actuelle, qui privilégie le tout rationnel, n’est qu’une des visions de la réalité. Le rationnel les rassure. Il a l’avantage de paraître concret, d’offrir une apparence de certitude puisque nous le voyons. Alors que l’intuition… Qui a déjà vu une intuition ?
     
  • Le modèle économique du coaching bref évolue vers une facturation à la séance et à la mission en quittant toute référence à la durée. A 2 000 €HT la séance, une intervention de coaching bref de trois séances maximum maintient l’investissement en coaching dans des limites économiques pertinentes – même pour une PME – tout en assurant la rémunération du coach. Le coaching bref représente donc une opportunité d’évolution du coaching, par le gain de temps obtenu pour traiter l’essentiel de la demande du client, facilitant l’acceptation de cette nouvelle méthode par l’entreprise.

Mots-clés

  • Croyance : ensemble des éléments – concepts, opinions, interprétations, convictions, possibilités – qu’une personne croit vrais à un moment donné.
  • Etat alpha : état naturel que nous traversons au cours des quelques instants qui précèdent l’endormissement ou le réveil.
  • Inconscient collectif : selon C. G. Jung, partie commune du psychisme des hommes, composée principalement des archétypes.
  • Présence : état de pleine conscience à soi-même et à l’environnement.
  • Résonance : processus par lequel nous communiquons avec l’inconscient collectif.
  • Signaux faibles : informations peu visibles annonciatrices d’un changement.
  • Synchronicité : rencontre entre un désir profond et un événement extérieur.