Equi-coaching Ateliers Eponaquest
Ressentir et agir
Vous souvenez-vous de Crin blanc, de l’amitié incandescente qui relie le garçon au petit cheval camarguais ? Je garde de ce film la séquence du garçon assis dans l’herbe, appuyé sur le ventre du cheval couché. Cette image, qui s’est incrustée en moi, ressurgit à l’instant, devant la page blanche, alors que je m’apprête à écrire sur les émotions.
A la sortie du cinéma - j’avais alors six ans - je me suis promise de vivre cette scène, d’être assise un jour sans crainte auprès d’un cheval couché. Et rien d’autre ne compterait davantage que nous deux, respirant au même rythme les parfums de la prairie, profitant ensemble de la chaleur réconfortante de nos corps et de notre amitié indéfectible. Ce bonheur, cette émotion de plénitude que l’image m’avait transmise, je la vis aujourd’hui à chaque rencontre avec le cheval.
Je regarde la jument bai devant moi et l’amour m’emplit. C’est bien sûr un amour enfantin qui m’emporte, fait d’enchantement, d’espoir, de fusion avec cet animal si beau, si libre, fils ou fille du vent… Et pourtant, même si le cheval me répond, me renvoie à sa façon une part de l’amour que je lui porte, j’ai appris à ne pas basculer dans l’affectif. Les cinq cents kilos devant moi exigent de ma part certes la présence à moi-même et à l’autre, mais aussi la capacité à mobiliser mes facultés d’action.
C’est la plus grande leçon que le cheval m’a donnée : l’amour va parfaitement de pair avec la pose tranquille de limites comme le respect de l’autre, l’écoute réciproque des attentes, l’expression claire des intentions, l’ajustement des deux sujets à un projet commun. La douceur s’allie harmonieusement à la fermeté.
Le cheval − animal grégaire − attend un leader à qui faire confiance. Il me pousse à redresser mon dos, à respirer pleinement, à m’affirmer en lui proposant une relation, des exercices où le plaisir sera partagé. Et c’est au sol que les liens se tissent en premier.
Des participants aux ateliers Eponaquest se laissent parfois submerger par l’émotion, oubliant de ce fait l’exercice demandé. Le cheval prend alors l’avantage, il va vouloir commander. Parallèles à tracer dans la vie familiale ou professionnelle ? La rencontre avec le cheval éclaire avec une pertinence et une rapidité inégalables nos tendances habituelles. Et c’est par notre corps qu’ont lieu les prises de conscience, le mental ayant pour une fois cédé la place. Autant de moments constructifs à expérimenter…
Dominique Giffard
