Cultiver la sérénité au travail

Préface du livre de Michel Bernard chez Dunod, 2015

Le titre de l’ouvrage de Michel Bernard résonne comme une promesse de bonheur dans une île exotique, au moment où se renforcent la souffrance et l’épuisement au travail, où le chômage atteint des sommets. Pourtant, ce livre répond avec limpidité aux attentes ainsi générées : il s’agit bien pour le lecteur de s’entraîner à « Cultiver la sérénité », afin de la stabiliser dans la durée, « au travail » dans son milieu professionnel habituel, malgré les fortes contraintes du système économique et financier. Cet ouvrage réaliste, concret et ambitieux est présenté de façon très claire, progressive et pédagogique, avec de nombreux exemples ainsi que des fiches outils qui en facilitent l’appropriation. Il nous donne des clés simples à expérimenter soi-même, de manière à modifier durablement nos habitudes pathogènes.

Michel Bernard est très congruent dans ce travail d’écriture élaboré à partir de son expérience professionnelle de formateur expérimenté. Ce qui émane de sa personne quand on le rencontre, son comportement intègre et son expression bienveillante confirment la vision humaniste du travail qui se dégage à la lecture de son livre. Michel a acquis cette maîtrise naturelle au travers de son expérience de vie, de sa longue pratique de coach et d’animateur de séminaires de développement personnel, ainsi que par le contact professionnel avec des sportifs de haut niveau. Des références psychologiques pertinentes et le rappel de plusieurs sources de sagesse traditionnelle renforcent la crédibilité de son ouvrage qui nous propose un voyage personnel sur les chemins de la sérénité.

Ce livre nous invite, dans un premier temps, à réaliser notre propre diagnostic. En effet, le bien-être au travail ne dépend pas seulement de critères objectifs (salaire, contenu et intérêt du poste, environnement,…), mais également de notre perception personnelle. Celle-ci conditionne d’abord notre acceptation du moment présent, plus ou moins agréable à vivre, agissant directement sur notre motivation. Un changement positif de perception modifie aussi favorablement le regard des autres à notre égard, ce qui améliore concrètement notre situation professionnelle en fluidifiant les relations humaines. Nous pouvons alors disposer également d’un meilleur discernement afin d’effectuer des choix plus judicieux. Une des clés de cet ouvrage est d’éclairer les relations complexes entre notre efficacité au travail et notre sentiment de bien-être. Contrairement à une croyance forte, les deux concepts ne s’opposent pas et Michel Bernard nous montre qu’il existe souvent une corrélation positive entre les deux : si je me sens bien au travail, je produis davantage et la qualité de ma production conditionne favorablement mon bien-être.


Un chapitre important nous accompagne dans la recherche de sens du travail. Même si l’organisation propose souvent un sens collectif à partir d’un partage de valeurs, avec tous les risques de manipulation associés, c’est en dernier ressort l’individu qui donne un sens à son travail. En fonction des circonstances et des âges de la vie, celui-ci peut évoluer de la sécurité économique familiale à l’utilité sociale collective, en passant par l’accomplissement de soi et la contribution au bien-être de l’humanité.

Personnellement, la plupart des managers que j’accompagne en coaching se posent la question du manque de sens de leur travail, voire de leur vie, ce qui conditionne souvent leur désir de travail. Si un client s’engage dans un coaching, ce n’est pas pour acquérir de nouvelles compétences mais bien pour clarifier la finalité de ses actions et se reconnecter à son désir. La sérénité au travail se renforce ainsi considérablement quand la personne réussit à passer de l’état de victime à celui d’acteur responsable de ses choix, du travail subi au travail désiré. Il lui devient alors possible d’identifier son talent, le domaine dans lequel elle est unique, où elle réussit avec peu d’efforts. Bien-sûr, il n’existe qu’un seul Léonard de Vinci, mais chacun de nous sommes le Léonard de notre domaine d’excellence.

La principale originalité de cet ouvrage est sans doute la largeur du spectre proposé pour cultiver notre sagesse au travail, puisqu’il couvre à la fois la psychologie positive, l’organisation de son poste, la gestion du temps et du stress, la compétence émotionnelle, le pouvoir de l’intention et de la visualisation,la cohérence cardiaque, la pleine conscience et l’intuition. Michel Bernard présente une synthèse pertinente des recherches sur l’intuition, domaine qui me tient à cœur depuis plusieurs décennies et que j’utilise très souvent en coaching. La recherche de sérénité s’accorde mal avec la seule rationalité et ne peut pas se programmer par des algorithmes. Développer notre intuition favorise une approche plus globale et distanciée, renforçant ainsi notre discernement dans la conduite de notre vie professionnelle.

En synthèse, à l’issue de votre lecture et de l’appropriation des concepts et des outils proposés, vous serez à même de construire votre « Plan d’efficacité professionnelle sage » avec toutes les possibilités de le mettre en œuvre et de le tenir dans la durée. L’ouvrage de Michel Bernard contribue ainsi à réconcilier chacun avec sa vie professionnelle en mettant en lumière que le travail est d’abord une création du sujet qui agit, que ses émotions et l’orientation de sa pensée sont des composantes essentielles de ses décisions et donc de son bien-être. Tout en nous donnant les clefs pratiques pour y répondre, il nous rappelle que l’une des questions les plus importantes à se poser régulièrement est : « Qu’est-ce qui pourrait me rendre la vie plus belle au travail ? » Notre travail pourrait alors devenir une source de vitalité, nous procurant davantage d’énergie qu’il n’en consomme.