Anima - Animus
Rendre conscients les contenus psychiques inconscients par une action volontaire et consentie, constitue le cœur du développement humain. Ce travail implique un examen honnête de soi-même avec l’aide d’un tiers et, souvent, entraîne une réorganisation de sa vie. Jung souligne que la seule aventure réelle dont puisse encore jouir l’individu est l’exploration de son propre inconscient, dont le but est d’établir des relations harmonieuses avec le Soi. Beaucoup de courage est nécessaire pour prendre l’inconscient au sérieux et intégrer les messages qu’il nous envoie. D’ailleurs, les phénomènes inconscients sont si peu en relation avec le moi que nous pouvons aller jusqu’à nier leur existence. Un observateur attentif peut les déceler, tandis que le sujet observé n’a pas conscience[1] de dévoiler ses pensées les plus secrètes.
Selon Jung[2], l’esprit humain s’est édifié et différencié à partir d’images originelles symboliques, les archétypes : images primordiales, formes potentielles de pensées, d’images et d'émotions universelles héritées des générations précédentes, qui prédéterminent la manière dont l'individu comprend le monde et s'y relie. Les archétypes dont nous sommes porteurs orientent fortement nos croyances, nos perceptions, nos émotions, nos réactions, nos attitudes, nos comportements, nos décisions...
Parmi les archétypes, l'animus représente la dimension masculine inconsciente de la femme et l'anima la dimension féminine inconsciente de l'homme. L’inconscient a donc une polarité féminine chez l’homme et masculine chez la femme. Nous avons un couple à l’intérieur de chacun de nous, quelles que soient nos orientations sexuelles. Le masculin cadre et protège, il peut dire « non » sans être détruit. Le féminin et sa sensibilité peuvent alors dirent oui à l’amour et à la Vie, puisque le masculin a pu refuser ce qui n’était pas juste. L'animus et l'anima se développent grâce au contact avec le sexe opposé et permettent à l'individu une compréhension éclairée de l'autre et de soi-même. Bien intégrés, ils servent de contact avec notre monde intérieur, avec le Soi.
L’anima est nécessaire à tout acte réellement créateur et à toute libération intérieure. L’anima est la personnification des tendances psychologiques féminines de la psyché de l’homme comme les sentiments, les intuitions prophétiques, la sensibilité à l’irrationnel, la capacité d’amour personnel, le contact avec la nature et les relations avec l’inconscient. Le caractère de l’anima est en général déterminé par la mère. Si l’homme a le sentiment que sa mère a eu sur lui une influence négative, son anima s’exprimera par de l’irritabilité, de l’incertitude, une impression d’insécurité et de la susceptibilité. Ces humeurs de l’anima peuvent se traduire par un caractère morose, la crainte des maladies et de l’impuissance.
Une autre manifestation négative de l’anima concerne l’expression de remarques venimeuses du type « langue de vipère » ou de jeux intellectuels destructeurs. Une mère enveloppante et castratrice peut soit produire un homme efféminé, ou macho, ou vivant un scénario répétitif de forte dépendance aux femmes.
Une anima saine et puissante résulte d’une belle image et d’une relation positive à la mère et à la femme. L’homme peut ainsi avoir accès à sa vie intérieure, à ses émotions, à son intuition, concrétiser ses facultés créatives et construire des relations harmonieuses avec les femmes. L’anima joue alors le rôle de guide et de médiateur entre le Moi et le Soi, « la femme dans l’homme » qui transmet les messages essentiels du Soi. Pour un homme catholique, l’archétype principal de l’anima est Marie, mère de Jésus, lui-même archétype de l’animus pour une femme catholique.
Comme l’anima, l’animus de la femme présente des aspects positifs et négatifs. Il apparaît souvent sous forme d’une conviction forte et conditionne la manière dont la femme se relie au monde extérieur.
Un animus faible crée chez la femme une sorte de cocon de rêves, de désirs et de jugements définissant le monde tel qu’il devrait être, qui la coupe de la réalité et de la vie active. Ainsi, une fille qui aura été ignorée par son archétype paternel ou non vue telle qu’elle est, pourra rencontrer des difficultés à parler en public et à prendre sa place dans la vie. Dans plusieurs mythes et contes de fées, un prince, transformé en monstre par une mauvaise fée, ne peut être délivré que par l’amour d’une jeune fille. En lui faisant complètement confiance et en l’aimant, elle lui rendrait son intégrité première. Ce thème symbolise le processus d’intégration de l’animus à la conscience.
Un animus sain résulte d’une belle image de l’homme créé par une relation positive au père. La femme peut alors construire une vie affective et sexuelle harmonieuse avec les hommes. Selon toute probabilité, elle développera une vie professionnelle active et entreprenante ou une activité créatrice riche de sens, jetant un pont vers le Soi.
Si une femme se rend compte de l’influence de son animus sur elle, si elle affronte sa réalité au-lieu de se laisser posséder par elle, son animus peut alors devenir un compagnon intérieur précieux qui lui communiquera les qualités masculines d’initiative, de courage, d’objectivité, de maîtrise du verbe et de sagesse spirituelle. Dans sa forme la plus élevée, l’animus donne à la femme une fermeté spirituelle qui compense sa fragilité apparente. L’audace créatrice de l’animus positif peut également inciter l’homme ou la femme à se lancer dans de nouvelles entreprises.
L’état de développement de l’anima de l’homme et de l’animus de la femme peuvent servir de repères de diagnostic lors d’une séance de coaching. Ce diagnostic doit bien-sûr être réalisé par le coaché et non par le coach, celui-ci ne faisant qu’accompagner son client par ses questions et ses reformulations. Il ne s’agit pas non plus de thérapie mais bien d’éclairer les problématiques actuelles du client sous l’angle complémentaire des polarités masculin – féminin.
Dans la vie pratique, l’archétype n’est présent que s’il apparaît simultanément sous forme d’images et d’émotions. Les archétypes ne se mettent à vivre que lorsqu’on s’efforce de découvrir pourquoi et comment ils ont un sens pour une personne donnée. En laissant parler sa cliente des relations à son père, le coach lui permet d’éclairer son animus. Une autre piste consiste à mettre le projecteur sur la polarité masculine de sa mère, une fille ayant parfois tendance à reproduire cet animus. De même, pour l’homme les relations qu’il entretient avec sa mère conditionnent son anima. L’éclairage de la polarité féminine de son père complète la recherche.
