Coacher en Pays Dominé
Préface du livre de Laurence Marian, Editions Les Impliqués Editeur
«Coaching et politique, sortir de l'ornière dominant-dominé»
Coacher en Pays Dominé
Comment le coaching peut-il apaiser et transformer les relations dominants – dominés ? Voici l’essence du livre de Laurence Marian, un ouvrage très personnel, authentique et original, alliant la puissance de la démarche de coaching à l’humilité de son témoignage.
Partant du vécu des populations ayant un passé colonial, Laurence montre comment le coaching peut être un levier de transformation efficient, en évoquant notamment les imaginaires transgénérationnels. A partir de l’Histoire de son île natale, La Martinique, l’approche de Laurence se veut universaliste, car elle concerne également les relations dominants – dominés des sphères privées, publiques ou économiques de tout pays. Le coaching devient ainsi un acte politique de transformation de la société.
Le cœur du coaching consiste bien à accompagner une personne souhaitant se libérer de ce qui l’empêche d’apporter des réponses pertinentes aux situations qu’elle rencontre. Les coachs constatent souvent que le coaché est « dominé » par ses émotions et les histoires qu’il se raconte. Le coaching l’entraîne à communiquer avec son propre inconscient, mais aussi avec les inconscients collectifs auxquels il est connecté. Le coaché peut ainsi plus facilement mettre des mots sur ce qu’il vit et ne s’approprier que les imaginaires qui le nourrissent et lui permettent de construire un futur désirable. Pour Laurence : « la décolonisation commence par la décolonisation des imaginaires, celui des dominés mais aussi celui des dominants ».
Dans ma pratique, la relation de coaching est une relation « en parité », où coach et coaché assument leur propre rôle, hors des schémas habituels dominant - dominé. Le coaching permet au coaché d’évoluer d’une perception d’un état « objet », plus ou moins victime des manipulations et des désirs des autres personnes, vers un état « sujet », conscient de lui-même et responsable de ce qui lui arrive, et donc capable au sens étymologique de trouver lui-même ses propres réponses.
A mes yeux, travailler le ressenti d’être objet ou sujet permettrait d’ailleurs de clarifier la notion de consentement, au-delà de ce qui se joue dans les relations amoureuses et sexuelles. Le salarié est-il sujet de son travail ou objet soumis à un système qui le domine ? Le consommateur, sujet de ses choix libres et consentis ou simple objet des manipulations des fournisseurs et distributeurs ? L’agriculteur, libre de nourrir la Planète ou variable d’ajustement de l’agro-business ?
Eclairer les relations dominants – dominés est bien un acte politique car, comme l’écrit Laurence, « les formes de domination conduisent l’être humain à se couper du vivant naturel et de ce qui est vivant en lui (sa propre humanité) ». Ajoutons sans hésiter que ce qu’on appelait « colonisation » porte aujourd’hui le nom de « mondialisation ». En ce moment, si de nombreux Etats se sont donné rendez-vous en Afrique, est-ce pour continuer la soi-disant œuvre civilisatrice de l’Europe, ou celle, prédatrice, de la mondialisation.
L’esprit et les comportements de domination sont une cause majeure des dérèglements sociétaux et environnementaux. L’ampleur et l’urgence des défis à relever par les entreprises et les organisations impliquent un recentrage et une montée en puissance des prestations apportées par les coachs. A partir de cette prise de conscience, j’ai créé en 2022 un Groupe de réflexion et d’action, rejoint naturellement par Laurence, et regroupant coachs, entrepreneurs et chercheurs. Ce think tank a abouti à la transformation du métier classique de coach vers celui de « coach à mission » inspiré par le concept de « société à mission », créé par la loi PACTE de 2019.
Il s’agit pour l’entreprise de coaching de définir ce qui fonde et justifie son activité. Le périmètre des missions de coaching intègre donc maintenant la prise en compte des externalités qu’elles engendrent dans l’action menée avec les clients, ainsi que les actions nécessaires pour les réduire, les compenser ou les annuler complètement. Le coach à mission crée ainsi un nouveau type de coaching se déclarant par essence au service du bien commun humain, sociétal et environnemental en contribuant à la mutation des entreprises.
En conclusion, Laurence nous confie qu’elle souhaite coacher en Pays dominé ET dominant car les transformations nécessaires ne pourront se réaliser qu’en associant toutes les parties prenantes, en coachant « aux deux extrémités ».
Bonne lecture !
Michel Giffard
Fondateur de l’Ecole de coaching HEC Paris
Coach à mission, superviseur et formateur de coachs professionnels
